jeudi 5 août 2010

Jour 2 - Enseignement après-midi : Père Olivier Maire

Marie, Paradis Terrestre du Nouvel Adam



Introduction

          Le Calvaire de Pontchâteau édifié il y a trois cents ans (1709-1710) par saint Louis-Marie Grignion de Montfort et une population entière, dont il avait su gagner l’adhésion pour cette œuvre extraordinaire, peut être lu avec une clef mariale dans la prise en compte symbolique des images et des figures qu’il suscite.
          Pour la construction du ce Calvaire gigantesque, saint Louis-Marie utilise le support naturel de la Lande de la Madeleine qui était surélevée en forme de « champignon » disent nos sources. Le nom du lieu présente un certain décrochage : le naturel (la lande) est déjà marqué de surnaturel (sainte Marie Madeleine). La Lande de la Madeleine est une élévation à la fois géographique et spirituelle… Lande mystérieuse où le « surnaturel » affleure en plusieurs endroits et époques : le menhir préhistorique, ou fuseau de la Madeleine qui tourne sur lui-même pendant la nuit de la fête de sainte Marie-Madeleine, apparition des croix dans le ciel de midi à des bergers vers le début des années 1670 (autour de l’année de naissance de saint Louis-Marie, 1673), les colombes indiquant elles-mêmes le lieu du futur calvaire en prenant dans leur bec de la terre du lieu précédemment choisi de Sainte Reine de Bretagne, et les innombrables miracles et faits extraordinaires qui ont accompagné sa construction… Autant de signes qui nous invitent à lire au-delà des simples faits et apparences…
          La colline artificielle du Calvaire et le projet « paysagé » qui l’entoure (des jardins et un « rosaire » d’arbres et de chapelles) en donnent un caractère « poétique », une création, autant d’images et de figures à lire, peser, méditer, des « sujets d’oraison (…) [à] garder dans sa mémoire » (cf. Cantique 2, 41-44).
          Le projet de saint Louis-Marie est centré autour de l’axe de la croix du Christ faite d’un très beau châtaigner de cinquante pieds de haut, surmontée d’une représentation du Saint-Esprit, et plantée au sommet d’une colline artificielle constituée par les terres rapportées des douves formant l’enceinte extérieure du Calvaire. Entre la montagne et les douves, cent cinquante sapins et quinze cyprès dessinent un grand cercle : un rosaire entourant le calvaire. Saint Louis-Marie avait prévu la construction de chapelles où auraient été représentés les quinze mystères du Rosaire par des figures de grandeur naturelle. Une seule entrée est aménagée en face du Crucifix, flanquée de deux jardins, l’un appelé de « paradis terrestre » et l’autre, le « jardin des olives ».
          Le Calvaire de Pontchâteau, au christocentrisme accentué, offre au regard quatre images qui nous renvoient à la Vierge Marie : la montagne, le jardin, l’arbre, le rosaire.


A. La Montagne sainte

          Le Calvaire de Pontchâteau renvoie sans aucune ombre au Calvaire de Jérusalem (cf. Cantiques 134 et 164), la Montagne sainte de Jérusalem, centre du monde. Dans sa méditation du Psaume 68 (Vulgate), le Père de Montfort donne une interprétation mariale à cette « Montagne de Dieu » (Ps 68, 16-17) :

          « Qui est, Seigneur, Dieu de Vérité, cette mystérieuse montagne dont vous dites tant de merveilles,
          sinon Marie, votre chère Epouse, dont vous avez mis les fondements sur les cimes des plus hautes
          montagnes ». (Prière Embrasée, 25)

Sur cette montagne viennent se superposer d’autres montagnes bibliques, du Mont Sinaï au Mont des Oliviers :

          « C’est du haut de cette montagne [que], comme des Moïse, ils lanceront par leurs ardentes prières
          des traits contre leur ennemis pour les terrasser ou convertir.
          C’est sur cette montagne où ils apprendront de la bouche même de Jésus-Christ, qui y demeure
          toujours, l’intelligence de ses huit béatitudes.
          C’est sur cette montagne de Dieu qu’ils seront transfigurés avec lui comme sur le Thabor, qu’ils
          mourront avec lui comme sur le calvaire et qu’ils monteront au ciel avec lui comme sur la montagne
          des Oliviers ». (Prière Embrasée, 25)

La Sainte Vierge Marie est cette Montagne sainte où nous pouvons être avec Jésus-Christ, en sa compagnie, « Sanctuaire de la Divinité » (VD 262), « Oratoire du cœur » et « Tour de David » (SM 47 ; cf. Ct 4,4). Elle est le Lieu de sa Présence et de son Épiphanie ; le « Lieu divin » (VD 261) où nous devenons semblables au Christ, transformés en Jésus-Christ (cf. VD 119) ; image de la vraie et parfaite dévotion :

          « Toute notre perfection consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus-Christ, la plus parfaite
          de toutes les dévotions est sans difficultés celle qui nous conforme, unit et consacre le plus
          parfaitement à Jésus-Christ. Or, Marie étant la plus conforme à Jésus-Christ de toutes les créatures, il
          s’ensuit que de toutes les dévotions, celle qui consacre, conforme le plus une âme à Notre-Seigneur
          est la dévotion à la Très Sainte Vierge, sa sainte Mère, et que plus une âme sera consacrée à Marie,
          plus elle le sera à Jésus-Christ.
          C’est pourquoi la parfaite consécration à Jésus-Christ n’est autre chose qu’une parfaite et entière
          consécration de soi-même à la Très Sainte Vierge, qui est la dévotion que j’enseigne ; ou autrement
          une parfaite rénovation des vœux et promesses du saint baptême » (VD 120).


B. Le jardin

          Le calvaire du Père de Montfort est un immense jardin. Un jardin clôturé par des douves profondes qui ne ménagent qu’une seule entrée face au Christ. Saint Louis-Marie de Montfort utilise souvent la métaphore du « jardin biblique » (le plus souvent sous la forme du « paradis ») pour parler de Marie. Quel est le rapport (cf. VD 262) qui unit la Vierge Marie au jardin ? Les deux sont un « lieu », un lieu divin.
          Marie est le jardin fermé, hortus conclusus, et la fontaine scellée, fons signatus, du Cantique des Cantiques (Ct 4, 22 ; cf. VD 263 et VD 5). Elle est un lieu saint dont l’accès est réservé comme la Montagne sainte (cf. Ex 19, 12, 21-24), « Paradis de la Trinité » (C 90, 58) :

          « Marie est le sanctuaire et le repos de la Sainte-Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et
          divinement qu’en aucun lieu de l’univers, sans excepter sa demeure sur les chérubins et les séraphins ;
          et il n’est pas permis à aucune créature, quelque pure qu’elle soit, d’y entrer sans un grand
          privilège » (VD 5).

Sanctuaire de la Très Sainte Trinité, Marie est la Tente de la Rencontre, l’Arche de l’Alliance où Dieu siège sur les Chérubins, Salle du Trône où Dieu siège entouré des Séraphins (cf. Is 6), Lieu sacré où seul le Grand Prêtre pouvait entrer enveloppé de l’encens du mystère, si la Gloire le lui permettait (cf. Ex 40, 34-35 ; Lv 16, 1-2, 12-13 ; 1 R 8, 10-13 ; Si 50, 5-11 ; He 9, 7-8). Grande salle des Mystères divins, la connaissance de Marie est réservée à ceux et celles dont cette révélation est donnée (cf. Mt 13, 11 ; Rm 16, 16, 25 ; 1 Co 2, 7 ; Ep 1, 9 ; 3, 3, 9-11 ; Col 1, 26 ; 2, 2). La connaissance de Marie, cachée et close depuis les origines (cf. VD 2-5), « secret des secrets du Roi » (VD 11) est maintenant révélée pour que soit connu le Mystère de Jésus-Christ :

           « Mon cœur vient de dicter tout ce que je viens d’écrire, avec une joie particulière, pour montrer que
          la divine Marie a été inconnue jusqu’ici, et que c’est une des raisons pourquoi Jésus-Christ n’est point
          connu comme il doit être. Si donc, comme il est certain, la connaissance et le règne de Jésus-Christ
          arrivent dans le monde, ce ne sera qu’une suite nécessaire de la connaissance et du règne de la Très
          Sainte Vierge Marie, qui l’a mis au monde la première fois et le fera éclater la seconde » (VD 13).

Malheureusement, le secret de Marie reste un « mystère de grâce inconnu même aux plus savants et spirituels d’entre les chrétiens » (VD 21 ; cf. VD 33) :

          « Mais qu’il est difficile à des pécheurs comme nous sommes d’avoir la permission et la capacité et la
          lumière pour entrer dans un lieu si haut et si saint, qui est gardé non par un chérubin, comme l’ancien
          paradis terrestre, mais par le Saint-Esprit même qui s’en est rendu le maître absolu, de laquelle il dit :
          Hortus conclusus soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus [Ct 4, 12]. Marie est
          fermée ; Marie est scellée ; les misérables enfants d’Adam et d’Eve, chassés du paradis terrestre, ne
          peuvent entre à celui-ci que par une grâce particulière du Saint-Esprit, qu’ils doivent mériter » (VD
          263).
          « Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas, à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie pour
          le connaître ; et à qui il ouvre ce jardin clos pour y entrer, cette fontaine scellée pour y puiser et boire
          à longs traits les eaux vives de la grâce ! Cette âme ne trouvera que Dieu seul, sans créature, dans
          cette aimable créature » (SM 20).

Ce jardin est doublement paradoxal : on y entre à la fois par grâce et mérite (cf. SM 1-6) , il est clos et ouvert, secret et révélé… Car il est le Lieu saint du Mystère… Que se passe-t-il dans ce jardin ? Le plus grand des secrets :

          « Après que, par sa fidélité, on a obtenu cette insigne grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de
          Marie avec complaisance, s’y reposer en paix, s’y appuyer avec confiance, s’y cacher en assurance et
          s’y perdre sans réserve, afin que dans ce sein virginal : [l’âme] soit formée en Jésus-Christ et que
          Jésus-Christ soit formé en elle : parce que son sein est, comme disent les Pères, la salle des
          sacrements divins, où Jésus-Christ et tous les élus ont été formés : Homo et homo natus est in ea
          [Ps 86, 5] » (VD 264).
          « Le temps ne me permettant pas de m’arrêter ici pour expliquer les excellences et les grandeurs du
          Mystère de Jésus vivant et régnant en Marie, ou de l’Incarnation du Verbe, je me contenterai de dire
          en trois mots que c’est ici le premier mystère de Jésus-Christ le plus caché, le plus relevé et le moins
          connu ; que c’est en ce mystère que Jésus, de concert avec Marie, dans son sein, qui est pour cela
          appelé des saints aula sacramentorum, la salle des secrets de Dieu, a choisi tous les élus ; que c’est
          en ce mystère qu’il a opéré tous les mystères de sa vie qui ont suivi, par l’acceptation qu’il en fit :
          Jesus ingrediens mundum dicit : Ecce venio ut faciam, voluntatem tuam etc. [He 10, 5-9] ; et,
          par conséquent, que ce mystère est un abrégé de tous les mystères, qui renferme la volonté et la grâce
          de tous ; enfin, que ce mystère est le trône de la miséricorde, de la libéralité et de la gloire de Dieu.
          […] C’est le trône de sa libéralité pour Marie, parce que, tandis que ce nouvel Adam a demeuré dans
          ce vrai paradis terrestre, il y a opéré tant de merveilles en cachettes que ni les anges, ni les hommes ne
          les comprennent point » (VD 248).
          « Je le dis avec les saints : la divine Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam, où il s’est incarné
          par l’opération du Saint-Esprit, pour y opérer des merveilles incompréhensibles. C’est le grand et le
          divin monde de Dieu, où il y a des beautés et des trésors ineffables. C’est la magnificence du Très-
          Haut, où il a caché, comme en son sein, son Fils unique » (VD 6).

Marie, nouvelle Création, recrée dans la justice, l’excellence et la beauté originelles (cf. ASE 36, 105-106) est ce « jardin de lis » du Cantique des Cantiques (cf. Ct 6, 2-3), lieu de l’Incarnation du Verbe :

          « Chose étonnante, cette Sagesse, du sein de son Père, voulant descendre dans le sein d’une Vierge
          pour s’y coucher parmi les lis de sa pureté et se donner tout à elle, en se faisant homme en elle, lui
          dépêcha l’archange Gabriel pour la saluer de sa part, lui marquer qu’elle a gagné son cœur, et qu’elle
          désirait se faire homme en elle, pourvu qu’elle donnât son consentement » (ASE 107).

Cette image du jardin ou du paradis pour parler de la Vierge Marie renvoie au Mystère de l’Incarnation (et de notre « divinisation », mouvement ascendant de l’Incarnation : cf. ASE 203 ; 214 ; SM 13 ; VD 32-33 ; PE 15), au « lieu » de ce mystère : le « jardin clos » du chant de l’Époux du Cantique des Cantiques, jardin de la Genèse, sein maternel, lieu matriciel de l’origine, de naissance et de renaissance, de la régénération .

Lieu de l’Origine, le paradis marial est aussi le lieu de délices où le Seigneur même prend ses complaisances, le lieu où toutes choses sont renouvelées :

          « La Très Sainte Vierge est le vrai paradis terrestre du nouvel Adam, et que l’ancien paradis terrestre
          n’en était que la figure. Il y a donc, dans ce paradis terrestre, des richesses, des beautés, des raretés
          et des douceurs inexplicables, que le nouvel Adam, Jésus-Christ’ y a laissées. C’est en ce paradis
          qu’il a pris ses complaisances pendant neuf moi, qu’il a opéré ses merveilles et qu’il a étalé ses
          richesses avec la magnificence d’un Dieu. Ce très saint lieu n’est composé que d’une terre vierge et
          immaculée, dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l’opération
          du Saint-Esprit, qui y habite. C’est en ce paradis terrestre où est véritablement l’arbre de vie qui a
          porté Jésus-Christ, le fruit de vie ; l’arbre de la science du bien et du mal qui a donné la lumière au
          monde. Il y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine,
          qui ont porté et portent tous les jours des fruits d’un goût divin ; il y a des parterres de belles et
          différentes fleurs des vertus, qui jettent une odeur qui embaume même les anges. Il y a en ce lieu des
          prairies vertes d’espérance, des tours imprenables de force, des maisons charmantes de confiance,
          etc. Il n’y a que le Saint-Esprit qui puisse faire connaître la vérité cachée sous ces figures de choses
          matérielles. Il y a en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté ; un beau jour, sans nuit, de l’humanité
          sainte ; un beau soleil, sans ombres, de la Divinité ; une fournaise ardente et continuelle de charité, où
          tout le fer qui est mis est embrasé et changé en or ; il y a un fleuve d’humilité qui sourd de la terre et
          qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté ; ce sont les quatre vertus
          cardinales » (VD 261).

Est-ce seulement de la poésie ? Écoutons saint Louis-Marie :

          « Toutes ces différentes épithètes et louanges sont très véritables, par rapport aux différentes
          merveilles et grâces que le Très-Haut a faites en Marie. Oh ! quelles richesses ! Oh ! quel plaisir !
          Oh ! quel bonheur de pouvoir entrer et demeurer en Marie, où le Saint-Esprit a mis le trône de sa
          gloire suprême ! » (VD 262 et ASE 208).

Ces images poétiques cachent et révèlent à la fois « des vérités » que seul l’Esprit Saint peut faire connaître, dit saint Louis-Marie (cf. VD 261). C’est une connaissance particulière car il s’agit d’entrer dans le Mystère qui se dit en figure (cf. VD 261.262, ASE 208), une connaissance expérimentale (cf. LAC 45). Quelles sont ces vérités ? D’abord, Marie comme « monde de Dieu et Paradis de Dieu » (ASE 208 ; cf. SM 19) est le « Milieu mystérieux » (VD 265) du Mystère de l’Incarnation : « La divine Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam, où il s’est incarné par l’opération du Saint-Esprit » (VD 6), « Dieu le Fils est descendu dans son sein virginal, comme le nouvel Adam dans son paradis terrestre, pour y prendre ses complaisances et pour y opérer en cachette des merveilles de grâce » (VD 18.264) ; et parmi ces « merveilles de grâce » il y a un autre mystère, celui de notre divinisation : « être formé en Jésus-Christ et Jésus-Christ formé en nous », « d’être changé en Jésus-Christ » (cf. VD 260.264.248) . A côté de ces deux « vérités » que j’appellerais volontiers « dogmatiques » (qui concernent le niveau de la « nature » et des hypostases, de la « substance », vérités ontologiques) viennent d’autres « vérités » liées à l’expérience spirituelle ou mystique (à un niveau existentiel), l’expérience sapientielle (cf. ASE 13 ; LAC 45) de la « complaisance : d’abord pour la Sagesse Éternelle et Incarnée : « c’est en ce paradis qu’il [Jésus-Christ, nouvel Adam] a pris ses complaisances » (VD 261 ; 18), puis pour les « prédestinés » : « il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance », lieu de notre croissance et de notre vie dans l’Esprit (VD 264 ; 261-265) .
Marie est le lieu du mystère des mystères (cf. VD 248), lieu « réservé » des choses « cachées » (cf. VD 6.45), y entrer est un privilège (cf. VD 5.263) en vue d’une véritable mystagogie, initiation aux mystères divins :

          « C’est Marie seule à qui Dieu a donné les clefs des celliers [Ct 1, 6] du divin amour, et le pouvoir
          d’entrer dans les voies les plus sublimes et les plus secrètes de la perfection et d’y faire entrer les
          autres. C’est Marie seule qui donne l’entrée dans le paradis terrestre aux misérables enfants d’Ève
          l’infidèle, pour s’y promener agréablement avec Dieu, pour s’y cacher sûrement contre ses ennemis et
          pour s’y nourrir délicieusement et sans plus craindre la mort, du fruit des arbres de vie et de science
          du bien et du mal et pour y boire à longs traits les eaux célestes de cette belle fontaine qui y rejaillit
          avec abondance ; ou plutôt comme elle est elle-même ce paradis terrestre, ou cette terre vierge et
          bénite dont Adam et Ève les pécheurs ont été chassés, elle ne donne entrée chez elle qu’à ceux et
          celles qu’il lui plaît pour les faire devenir saints » (VD 45).

La figure du paradis terrestre appliquée à la Vierge Marie par le Père de Montfort est une métaphore dynamique traçant un véritable parcours initiatique qui mène au Christ Jésus. Ce christocentrisme si accentué nous conduit, comme tout naturellement, à l’Arbre de Vie, centre du jardin des origines.


C. L’Arbre de Vie

La croix, arbre de vie

Avec la grande tradition de l’Église, le Père de Montfort oppose Ève et la Vierge Marie :

          « Ce qu’Ève a damné et perdu par désobéissance, Marie l’a sauvé par obéissance. Ève, en obéissant
          au serpent, a perdu tous ses enfants avec elle, et les lui a livrés ; Marie, s’étant rendue parfaitement
          fidèle à Dieu, a sauvé tous ses enfants et serviteurs avec elle » (VD 53)

Marie est ainsi la nouvelle Ève, la véritable Mère des Vivants (cf. Gn 3, 20). Le Père de Montfort l’associe au mystère de la croix :

          « Marie, étant la Mère des vivants, donne à tous ses enfants des morceaux de l’Arbre de Vie, qui est
          la croix de Jésus, mais c’est qu’en leur taillant de bonnes croix, elle leur donne la grâce de les porter
          patiemment et même joyeusement ; en sorte que les croix qu’elle donne à ceux qui lui appartiennent
          sont plutôt des confitures ou des croix confites que des croix amères » (SM 22 ; cf. C 123, 13)

Dans un raccourci saisissant, le Père de Montfort joint l’arbre de vie avec la croix de Jésus, le bois de la croix avec le bois de l’arbre au fruit défendu ; le premier étant transfiguré par le second, transformé dans le mystère pascal du Christ. L’Ève du Livre de la Genèse devient la Vierge Marie debout au pied de la croix de son Fils (cf. Jn 19, 25). Si les croix sont toujours « amères », la présence maternelle de Marie, Mère des vivants, les transforme en « confiture » :

          « Cette bonne Mère, toute pleine de grâce et de l’onction du saint-Esprit, confit toutes ces croix
          qu’elle leur taille dans le sucre de sa douceur maternelle et dans l’onction du pur amour : en sorte
          qu’ils les avalent joyeusement comme des noix confites, quoique qu’elles soient d’elles-mêmes très
          amères. Et je crois qu’une personne qui veut être dévote et vivre pieusement en Jésus-Christ, et par
          conséquent souffrir persécution et porter tous les jours sa croix, ne portera jamais de grandes croix,
          ou ne les portera pas joyeusement nu jusqu’à la fin sans une tendre dévotion à la Sainte Vierge, qui est
          la confiture des croix : tout de même qu’une personne ne pourra pas manger sans une grande violence,
          qui ne sera pas durable, des noix vertes sans être confites dans le sucre » (VD 154).


Marie, l’arbre de vie

Cependant, quittant l’image traditionnelle de la croix comme nouvel arbre de vie, le Père de Montfort l’applique le plus souvent à la Vierge Marie (cf. ASE 204 ; SM 67.70.72.75.78 ; VD 44.45.164.218.261 ; C 81,7). Mais cette figure de l’arbre de vie attribué à la Vierge Marie n’est jamais seule, elle est toujours associée à son fruit, qui est Jésus . C’est le couple arbre-fruit que considère le Père de Montfort, par exemple :

          « Qui veut avoir le fruit bien mûr et bien formé doit avoir l’arbre qui le produit ; qui veut avoir le fruit
          de vie, Jésus-Christ, doit avoir l’arbre de vie, qui est Marie » (VD 164) .

Pour ce faire, saint Louis-Marie de Montfort condense toute une série de textes bibliques remontant de l’Évangile à la Genèse : la bénédiction d’Élisabeth à la Vierge Marie (« béni le fruit de tes entrailles » ; Lc 1, 42) reprenant la promesse divine (« Le SEIGNEUR l’a juré à David […] c’est le fruit de tes entrailles que je mettrai sur le trône fait pour toi » ; Ps 132, 11), associée à la prophétie de l’arbre de Jessé (« Un rejeton sort de la souche de Jessé, un surgeon pousse de ses racines » ; Is 11, 1), pour arriver à l’arbre de vie au milieu du jardin du paradis et de son fruit (cf. Gn 2, 9 ; 3, 22-24). Et c’est bien à la lumière de ce Fruit divin que le Père de Montfort juge l’arbre :

          « Elle en [Jésus-Christ, Sagesse Éternelle] la Mère très digne, parce qu’elle l’a incarnée et mise au
          monde comme le fruit de ses entrailles : Et béni est le fruit de votre ventre, Jésus.
          Ainsi partout où est Jésus, au ciel ou en terre, dans nos tabernacles ou dans nos cœurs, il est vrai de
          dire qu’il est le fruit et le rapport de Marie, que Marie seule est l’arbre de vie, et que Jésus seul en est
          le fruit.
          Quiconque donc veut avoir ce fruit admirable dans son cœur doit avoir l’arbre qui le produit : qui veut
          avoir Jésus, doit avoir Marie » (ASE 204).

Si le parcours herméneutique va du fruit à l’arbre, le parcours spirituel va de l’arbre au fruit… Là encore, l’image de l’arbre est dynamique : l’arbre produit le fruit et qui veut trouver le fruit doit chercher l’arbre qui le produit…

L’arbre peut aussi s’effacer devant le fruit qui en souligne la fécondité :

          « Comme [Marie] est partout Vierge féconde, elle porte dans tout l’intérieur où elle est […] la
          fécondité […] Ne croyez pas, chère âme, que Marie, la plus féconde de toutes les créatures, et qui
          est allée jusqu’au point de produire un Dieu, demeure oiseuse en une âme fidèle. Elle la fera vivre sans
          cesse à Jésus-Christ, et Jésus-Christ en elle. Filioli mei, quos iterum parturio donec formetur
          Christus in vobis (Gal. 4 vers, 19), et si Jésus-Christ est aussi bien le fruit de Marie en chaque âme
          en particulier que pour tout le monde en général, c’est particulièrement dans l’âme où elle est que
          Jésus-Christ est son fruit et son chef-d’œuvre » (SM 56).
          Ou :
          « De plus, Jésus étant à présent autant que jamais le fruit de Marie, comme le Ciel et la terre lui
          répètent mille et mille fois tous les jours : Et Béni est le fruit de votre ventre, Jésus, il est certain que
          Jésus-Christ est pour chaque homme en particulier, qui le possède, aussi véritablement le fruit et
          l’œuvre de Marie, que pour tout le monde en général ; en sorte que, si quelque fidèle a Jésus-Christ
          formé dans son cœur, il peut dire hardiment : « Grand merci à Marie, ce que je possède est son effet
          et son fruit, et sans elle je ne l’aurais pas » ; et on peut lui appliquer plus véritablement que saint Paul
          ne se les applique, ces paroles : Quos iterum parturio, donec in vobis formetur Christus : J’enfante
          tous les jours les enfants de Dieu, jusqu’à ce que Jésus-Christ mon fils ne soit formé en eux dans la
          plénitude de son âge [Ep 4, 13]. Saint Augustin se surpassant soi-même, et tout ce que je viens de
          dire, dit que tous les prédestinés, pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde
          cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par
          cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle ne les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le
          jour de leur naissance, comme l’Église appelle la mort des justes. O mystère de grâce inconnu aux
          réprouvés et peu connu des prédestinés ! » (VD 33 ; cf. VD 164)

Les images bibliques de l’arbre de vie et du fruit qui en est issu soulignent également le lien indissoluble unissant la Vierge Marie et Jésus son Fils :

          « Jésus est partout et toujours le fruit et le Fils de Marie ; et Marie est partout l’arbre véritable qui
          porte le fruit de vie, et la vraie Mère qui le produit » (VD 44).

La construction même de cette phrase, le parallélisme de ces deux membres souligné par le « partout », montre cette relation nécessaire : Jésus / Marie, fruit / arbre, Fils / Mère. Sa structure de caractère concentrique (ou chiasmique) renforce cette liaison :

Jésus                                               ou                          Jésus
                      Fruit                                                                           Fils
                                Marie                                                                          Marie
                                Marie                                                                          Marie
                      Arbre                                                                         Mère

La fécondité de l’arbre produisant le fruit est la figure de la maternité divine et spirituelle de la Vierge Marie, comme en témoigne cette prière à l’Esprit-Saint :

          « O Saint-Esprit ! accordez-moi toutes ces grâces et plantez, arrosez et cultivez en mon âme l’aimable
          Marie, qui est l’Arbre de vie véritable, afin qu’il croisse, qu’il fleurisse et apporte du fruit de vie avec
          abondance […] afin qu’en elle vous formiez en moi Jésus-Christ au naturel, grand et puissant, jusqu’à
          la plénitude de son âge parfait » (SM 67).
          Ou encore :
          « Si Marie, qui est l’arbre de vie, est bien cultivée en votre âme par la fidélité aux pratiques de cette
          dévotion, elle portera son fruit en son temps ; et son fruit n’est autre que Jésus-Christ » (VD 218).

La vraie dévotion à la Sainte Vierge, arbre de vie

Dans ces deux derniers textes (cf. SM 67 et VD 218), saint Louis-Marie amplifie l’image arbre-fruit par l’utilisation métaphorique de la culture introduisant ainsi entre l’arbre et le fruit la distance temporelle de la croissance, la durée, figure du cheminement spirituel et mystique. L’immédiateté de la relation arbre-fruit caractérise l’union nécessaire et indissoluble entre Marie et Jésus-Christ (qui veut avoir le fruit doit avoir l’arbre), lieu du Mystère de l’Incarnation ; maintenant la séparation entre l’arbre et le fruit opérée par le processus lent de culture, d’accroissement et de maturation, permet la transposition de cette image à la vie spirituelle selon la « vraie dévotion à la Sainte Vierge ». L’appendice du Secret de Marie (SM 70-78) en est la page emblématique. Le corps du texte (SM 71-77) est constitué par six conseils de vie spirituelle. L’introduction (SM 70) et la conclusion (SM 78) qui l’entourent constituent une véritable inclusion formée autour d’autres textes évangéliques : « le grain de sénevé dont il est parlé dans l’Évangile [Mt 13, 31-32 ; Mc 4, 31-32 ; Lc 13, 18-19], qui étant, ce semble, le plus petit de tous les grains, devient néanmoins bien grand et pousse sa tige si haut que les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les prédestinés, y font leur nid et y reposent à l’ombre dans la chaleur du soleil et s’y cachent contre les bêtes féroces » (SM 70 ; cf. SM 78). Enfin le Secret de Marie, après l’image du temps de la croissance se termine sur celle de l’éternité qui est aussi celle de la Béatitude :

          « Ame prédestinée, si vous cultivez ainsi votre Arbre de vie nouvellement planté par le Saint-Esprit en
          votre âme, je vous assure […] qu’enfin il donnera son fruit d’honneur et de grâce en son temps, c’est-
          à-dire l’aimable et l’adorable Jésus qui a toujours été et qui sera l’unique fruit de Marie.
          Heureuse une âme en qui Marie, l’Arbre de vie, est plantée ;
          Plus heureuse celle en qui elle est accrue et fleurie ;
          Très heureuse, celle en qui elle porte son fruit ;
          Mais la plus heureuse de toutes est celle qui goûte et conserve son fruit jusqu’à la mort et dans les
          siècles des siècles. Ainsi soit-il » (SM 78).


D. Le rosier mystique

          Le calvaire du Père de Montfort était en fait un immense rosaire, promenade circulaire autour de la montagne plantée de 150 sapins et de 15 cyprès. Le rosaire est déjà, de part son nom, associé à la rose, à une couronne de roses… C’est un bouquet, un jardin… Saint Louis-Marie va naturellement utiliser à plaisir cette image florale pour parler du rosaire (cf. SAR 3-8, 24, 25). Son ouvrage, le Secret Admirable du Très Saint Rosaire, est d’ailleurs divisé en 49 « roses » et s’inspire très largement du livre, « Le Rosier
Mystique » d’Antonin Thomas, dominicain.

Mais saint Louis-Marie de Montfort ne se contente pas d’images de « roses » pour parler du rosaire, il prend également les expressions, les figures et les citations bibliques dont il se sert pour parler de la vraie dévotion à la Sainte Vierge (cf. ci-dessus : SM 70.78 et VD 218) :

          « Vous ne trouverez pas mauvais, âmes dévotes et éclairées par le Saint-Esprit, que [je] vous donne
          un petit rosier mystique venu du ciel pour planter dans le jardin de votre âme […]. Ce rosier est Jésus
          et Marie dans la vie, dans la mort et dans l’éternité.
          Ne méprisez donc pas ma plante heureuse et divine, plantez-la vous-même en votre âme en prenant la
          résolution de réciter votre Rosaire ; cultivez-la et arrosez-la en le récitant fidèlement tous les jours et
          en faisant de bonnes œuvres, et vous verrez que ce grain qui paraît présentement si petit deviendra
          avec le temps un grand arbre où les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les âmes prédestinées et élevées en
          contemplation, feront leur nid et leur demeure pour être, sous l’ombre de ses feuilles, garanties des
          ardeurs du soleil, pour être préservées par sa hauteur des bêtes féroces de la terre, et enfin pour être
          délicatement nourries par son fruit qui n’est autre que l’adorable Jésus, auquel soit honneur et gloire
          dans les siècles des siècles. Amen. Ainsi soit-il » (SAR 5.6).

L’image du fruit renvoie au Mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu par la citation de la bénédiction d’Élisabeth (Lc 1, 42) au cœur de l’Ave Maria ; saint Louis-Marie va lui adjoindre, comme en filigrane, des éléments de la parabole du semeur (cf. Mt 13, 18-23 ; Mc 4, 13-20 ; Lc 8, 11-15) :

          « Ils auront une grande dévotion à dire l’Ave Maria, ou la Salutation angélique dont peu de chrétiens,
          quoique éclairés, connaissent le prix, le mérité, l’excellence et la nécessité.[…] le salut du monde ayant
          commencé par l’Ave Maria, le salut de chacun en particulier était attaché à cette prière ; […] c’est
          cette prière qui a fait porter à la terre sèche et stérile le fruit de vie, et […] cette même prière, bien
          dite, […] doit faire germer dans nos âmes la parole de Dieu et porter du fruit de vie, Jésus-Christ ;
          […] l’Ave Maria est une rosée céleste qui arrose la terre, c’est-à-dire l’âme pour lui faire porter son
          fruit en son temps » (VD 249).

L’efficacité de la Salutation angélique et du Rosaire tient à ce « fruit ». Aux mêmes causes les mêmes effets : ces paroles (« et bénit est le fruit de ton sein, Jésus ») sont les paroles du Mystère de l’Incarnation, celles du Verbe fait chair, à ces mêmes paroles la Parole de Dieu porte du fruit en ceux et celles qui l’accueillent (cf. SAR 1, 16, 20, 28) :

          « La Sainte Vierge dit un jour au bienheureux Alain : Comme Dieu a choisi le salut angélique pour
          l’Incarnation de son Verbe et la Rédemption des hommes, ainsi, ceux qui désirent réformer les mœurs
          des peuples et les régénérer en Jésus-Christ me doivent honorer et saluer par le même salut » (SAR
          112).

Ou encore dans le Cantique sur le Triomphe de L’Ave :

          « Dieu racheta le monde
          Par l’Ave Marie.
          Il renouvellera,
          Par lui, la terre et l’onde. […]
          Par sa grâce il féconde
          Toute chose ici-bas. […]
          La terre était stérile,
          Mais l’ange l’ayant dit,
          Elle porta son fruit,
          Elle devint fertile » (C 89, 6.8.9).

Un missionnaire et prédicateur comme l’était le Père de Montfort ne pouvait qu’être très sensible à cette efficacité ou fécondité apostolique du rosaire , ce secret du ciel :

          « L’Ave Maria est une rosée céleste et divine qui tombant dans l’âme d’un prédestiné, lui
          communique une fécondité admirable pour produire toutes sortes de vertus, et plus l’âme est arrosée
          par cette prière, plus elle devient éclairée dans l’esprit, embrasée dans le cœur et fortifiée contre tous
          ses ennemis.
          L’Ave Maria est un trait perçant et enflammé qui, étant uni par un prédicateur à la parole de Dieu
          qu’il annonce, lui donne la force de percer, de toucher et de convertir les cœurs les plus endurcis,
          quoique d’ailleurs il n’ait pas beaucoup de talent naturel pour la prédication.
          Ce fut ce trait secret que la Sainte Vierge, comme j’ai déjà dit , enseigna à saint Dominique et au
          bienheureux Alain, pour convertir les hérétiques et les pécheurs. C’est de là qu’est venue la pratique
          des prédicateurs de dire un Ave Maria en commençant leurs prédications, comme assure saint
          Antonin » (SAR 51).
          Ou encore :
          « Voilà un des plus grands secrets venu du ciel pour arroser les cœurs de la rosée céleste et leur faire
          porter le fruit de la parole de Dieu, comme ils l’expérimentent tous les jours » (RM 57 ; cf. SAR 113-
          114) .


Conclusion

          De cette « promenade » dans ces jardins que sont les œuvres de saint Louis-Marie de Montfort, je voudrais retenir trois convictions :
          La première conviction est celle qui se détache comme une évidence de tous ces textes (mais aussi du Calvaire de Pontchâteau lui-même qui en est la manifestation architecturale) : leur christocentrisme. Tout mène et conduit à Jésus-Christ comme le centre de toute chose (cf. VD 61). Les images mariales de saint Louis-Marie nous ramènent toujours au Mystère du Christ Jésus.
          La deuxième concerne le processus qui a guidé le Père de Montfort dans l’utilisation des ces images de jardin, de montagne, d’arbres… Ce n’est pas par une symbolisation « naturelle » qu’il les a appliquées à la Vierge Marie, mais par le jeu d’un « symbolisme biblique ». C’est la Bible qui a guidé l’écriture du Père de Montfort ; son interprétation part toujours du Mystère de l’Incarnation et en particulier du premier chapitre de l’Évangile selon saint Luc. L’Incarnation du Verbe est la clef qui lui ouvre toute l’Écriture.
         La troisième concerne son mode de compréhension du Mystère. Pour saint Louis-Marie de Montfort, le Mystère ne peut pas se comprendre de l’extérieur. Ce n’est que de l’intérieur, en y entrant, en y demeurant que le Mystère peut être compris (en y étant soi-même compris !). C’est à ce voyage mystérieux que le Père de Montfort nous convie ; invitation à une promenade sainte et sanctifiante, au pèlerinage. Prendre pour aller à Jésus le chemin qu’il a pris pour venir jusqu’à nous, son « grand et admirable voyage » (VD 157). Marie est à la fois ce chemin et le Lieu du Mystère de Jésus-Christ dans lequel il nous invite à entrer. Le Calvaire de Pontchâteau, selon le projet original, présente la prière du rosaire (à la fois comme récitation et méditation : cf. SAR 9 ; ASE 193) comme cette promenade à l’intérieur des Mystères centrée autour de l’axe de la Croix de Jésus. Donc un parcours qui n’est pas seulement circulaire et horizontal, mais aussi vertical (la croix) et qui porte vers le haut dans un mouvement d’aspiration signifié par l’Esprit-Saint figuré au sommet de la croix. Ce dispositif est caractéristique de la manière avec laquelle saint Louis-Marie de Montfort concevait la méditation. Pour lui, méditer c’est se « représenter, dans l’imagination, Notre-Seigneur et sa sainte Mère, dans le mystère » honoré (SAR 120), s’arrêter un moment pour considérer le mystère (cf. SAR 126) et entrer dans la scène du mystère, pour ainsi dire, selon cette prière du Père de Montfort à Jésus :

          « Bienheureux, Seigneur Jésus, les confrères du Rosaire quotidien, qui tous les jours, sont autour de
          vous et dans votre petite maison de Nazareth, autour de votre croix sur le Calvaire, et autour de votre
          trône dans les cieux, pour méditer et contempler vos mystères joyeux, douloureux et glorieux. Oh !
          qu’ils sont heureux sur la terre par les grâces spéciales que vous leur communiquez, et qu’ils seront
          bienheureux dans le ciel où ils vous loueront d’une manière spéciale dans les siècles des siècles» (SAR
          141).


Olivier Maire smm


Petite litanie mariale montfortains à partir des textes cités :


Sainte Marie, Mère de Dieu,                                                                                         Priez pour nous !
Excellent chef-d’œuvre du Très-Haut,
Mère admirable du Fils,
Jardin clos,
Fontaine scellée,
Épouse fidèle du Saint-Esprit,
Aimable créature,
Sanctuaire et repos de la Sainte Trinité,
Paradis terrestre du nouvel Adam,
Paradis de Dieu,
Grand et divin monde de Dieu,
Magnificence du Très-Haut,
Créature admirable,
Fille du Roi,
Secret des secrets du Roi,
Sainte montagne de Dieu,
Pleine de Grâce,
Unique trésorière et dispensatrice des dons et des grâces du Très-Haut,
Arbre de vie véritable qui porte Jésus-Christ, le fruit de vie,
Belle fontaine des eaux célestes,
Confiture des croix,
Salle des secrets de Dieu,
Terre vierge et immaculée,
Porte orientale, par où le Grand Prêtre, Jésus-Christ, entre et sort dans le monde,
Trône de Dieu,
Cité de Dieu,
Autel de Dieu,
Temple de Dieu,
Salle des sacrements divins,
Paradis de la Trinité,
Mère des vivants,
Vierge féconde,
Trône royale de la Sagesse Éternelle,
Sanctuaire de la divinité,
Contentement de la Sainte-Trinité,                                                                                 Priez pour nous !

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