mercredi 4 août 2010

Jour 2 - Enseignement matin : Sr Lourdes

« Qui est cette Sagesse qui appelle ? »


Préambule

La question qui a été proposée comme titre pour ce temps de réflexion est, en elle-même, surprenante ou même, si j’ose dire inquiétante… Peut-être que le plus « naturel » aurait été de poser la question « Qu’est-ce que c’est la Sagesse? »… Cette question est latente dans tous les mouvements de réflexion et les mouvements philosophiques depuis que l’être humain a commencé à réfléchir sur lui-même… Et c’est une question pas encore résolue de manière satisfaisante malgré les très nombreuses réponses qui ont été essayées par les « sages »…

La question qui a été réellement posée, « Qui est la Sagesse qui appelle? » ne nous oriente pas seulement vers un savoir, mais vers un savoir qui, en quelque sorte, nous identifions avec « quelqu’un »…

Paradoxalement, cette question, un peu déconcertante et en même temps beaucoup plus précise, a bien une réponse pour le croyant. Par ailleurs, pour les disciples de Montfort, c’est une question très belle qui nous aide à aller au cœur de sa spiritualité comme nous allons le voir.

Il faut rappeler que, quand nous entendons le mot « sagesse » ce n’est pas spontanément que nous pensons à quelqu’un…La sagesse, dans son acception la plus spontanée évoque plutôt une qualité humaine, un art de vivre qui a un lien avec la pratique…Mais en définitive, c’est un mot à sens multiples, un mot à la signification très riche…

L’Écriture porte la trace de la richesse des sens du mot « sagesse »… Dans l’Ancien Testament, la sagesse est vue peu à peu comme :

Une qualité humaine :

           Un art de vivre, d’être heureux

           Un savoir-vivre basé sur l’expérience, la compétence, le savoir faire

           Une conduite, un comportement qui cherche l’harmonie, la cohérence

           Une capacité de discernement

          Beaucoup de textes de l’Ancien Testament recueillent des dictons, des proverbes
          issus de la sagesse populaire (ex. Livre des Proverbes) très similaires à ceux
          d’autres cultures du Moyen Orient ancien.

Un attribut, une propriété de Dieu lui-même

           Dieu seul est sage disent les prophètes, répondant à ceux qui, dans les cours
          royales principalement se prennent pour des sages et dénonçant ceux qui ont
          corrompu la Sagesse (Is 5, 21; Jer 9, 22-23).

Un don de Dieu à demander :

           Dieu a sa sagesse et il peut la communiquer à l’homme (cf. prière de Salomon
          en Sagesse 9). Un don qui sert pour accomplir sa vie, pour réaliser sa vocation,
          pour agir de manière concrète de la manière qui plaît à Dieu, qui est « agréable
          à ses yeux »...

Une figure féminine.

           Une personnification de la Sagesse se dessine peu à peu dans des textes
          comme Proverbes 8, Siracide 24 et Sagesse 6 à 9. Dans ces textes, qui sont
          les plus utilisés par le P. de Montfort on voit apparaître la Sagesse comme
          une figure féminine, une personne :

             – qui vient de Dieu (cf. Si 24 3ss; Prov. 8 22…)

             – qui est antérieure à la Création (cf. Prov. 8, 23ss; Si 1,4…)

             – qui participe à la Création (Prov. 8, 27ss…)

             – qui est active dans l’œuvre du Salut (Sagesse 10 à 19)

             – médiatrice entre Dieu et les hommes.

Ces différents sens de la Sagesse se retrouvent aussi dans le Nouveau Testament. : Qualité humaine et propriété divine qui ont un lien avec la recherche de bonheur et qui ne coïncident pas toujours (cf. opposition entre vraie et fausse sagesse, spécialement critiquée par Paul et par Jacques chapitre 3). Le lieu de confrontation absolue, extrême, entre la sagesse des hommes et la Sagesse de Dieu c’est la croix de Jésus. En définitive, tous ces sens de la Sagesse confluent en Jésus. Dans beaucoup de textes du Nouveau Testament (cf. Prologue de l’Évangile de Jean; Col 1, 1-15; Eph. 1; 1 Cor 17 à 30…) les auteurs bibliques utilisent ce qui avait été dit de la Sagesse dans l’Ancien Testament pour parler de Jésus.

Alors nous pouvons légitimement nous poser la question : pourquoi est-ce important pour nous, disciples du P. de Montfort, aujourd’hui et en ce lieu où nous sommes réunis, St Laurent sur Sèvre, de nous intéresser à cette figure? En fait, ceux qui veulent vivre l’Évangile selon la spiritualité du P. de Montfort, c’est à dire nous, reçoivent, à travers lui, une invitation pressante de la Sagesse pour se mettre à son écoute, à son école… Parce qu’une des intuitions spirituelles les plus fortes de St Louis-Marie Grignion de Montfort est précisément d’avoir été fasciné, saisi, ébloui, par cette figure de la Sagesse et d’avoir contemplé Jésus de Nazareth sous les traits de cette Sagesse. C’est dans ce sens qu’il parle de lui comme Sagesse Incarnée. Il traduit cette intuition spirituelle dans ses écrits et il en a vécu. C’est un élément unifiant de sa spiritualité.

Peut être quelques uns parmi vous ont une idée de lui comme quelqu’un d’excessif d’excentrique…même un peu illuminé… C’est vrai qu’il a été présenté de cette manière par certains auteurs! Mais, ce que nous allons essayer de voir aujourd’hui c’est que cette manière de le présenter, de le voir, ne rend pas tellement justice au P. de Montfort. En réalité, le P. de Montfort était un passionné de Dieu qu’il a contemplé comme Sagesse. Il a reconnu en Jésus de Nazareth les traits de la Sagesse dont parle l’Ancien Testament et il a essayé de reproduire ces traits dans sa vie. Autrement dit, mieux connaître la figure de la Sagesse biblique nous aide d’une part à enrichir notre contemplation de Jésus de Nazareth car cela attire notre attention sur quelques aspects particuliers de sa vie et de son message, de sa personne, de son ministère, de sa manière de vivre parmi les humains… En découle une manière particulière de vivre en chrétien, de se situer dans le monde et dans l’Église. D’autre part, mieux connaître la Sagesse nous aide aussi, à mieux comprendre le P. de Montfort, et je l’espère, à mieux vivre de son intuition spirituelle aujourd’hui dans le monde qui est le nôtre et dans le contexte qui est le nôtre.

Donc, plus nous sommes familiers de la Sagesse, plus nous deviendrons sensibles à certains aspects de la vie de Jésus, et plus nous pourrons répondre à notre vocation propre de montfortains, de montfortaines…

Par ailleurs, en faisant ce que nous sommes en train de faire, c’est à dire en cherchant à mieux connaître la Sagesse, nous ne faisons rien d’autre que de suivre le désir du P. de Montfort qui s’écrie dans le numéro 8 de l’ASE (chap. I : Pour aimer et rechercher la divine Sagesse il est nécessaire de la connaître):

          « Peut-on aimer ce qu'on ne connaît pas? Peut-on aimer ardemment ce qu'on ne
          connaît qu'imparfaitement? Pourquoi est-ce qu'on aime si peu la Sagesse
          éternelle et incarnée, l'adorable Jésus, sinon parce qu'on ne la connaît pas, ou
          très peu? Il n'y a presque personne qui étudie comme il faut, avec l'Apôtre, cette
          science suréminente de Jésus, qui est cependant la plus noble, la plus douce, la
          plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances du ciel et
          de la terre »

Dans ce sens, le fil rouge de mon intervention va être assez simple…Nous allons regarder quelques textes de l’Ancien Testament où il est question de la Sagesse (pas tous car cela demanderait beaucoup plus de temps, mais cela nous donnera peut être le goût de le faire une autre fois !) Nous allons regarder comment ceci nous aide à contempler Jésus de Nazareth, quelles conséquences ceci a eu dans la vie du P. de Montfort et de la bienheureuse Marie-Louise Trichet…et quelles conséquences ceci pourrait avoir pour nous.


Introduction - Invités à une relation d’amour: La Sagesse va à la rencontre des humains et nous sommes appelés à lui répondre.

Nous savons que Louis-Marie de Montfort a trouvé son inspiration spirituelle dans l’amour de la Divine Sagesse qu’il a contemplé dans les livres Sapientiaux de l’Ancien Testament et dans le Nouveau Testament. Le P. de Montfort fait une lecture spirituelle de l’Écriture… D’ailleurs, pour l’un de ses ouvrages majeurs, l’Amour de la Sagesse Éternelle, il a calqué son plan sur le livre de la Sagesse (livre de la bible) …Le P. de Montfort ne se sert pas du texte biblique pour confirmer une doctrine déjà construite, mais il est pour lui la base, le fondement, la source même. Montfort est pétri par l’Écriture longuement lue, méditée, priée…

La Sagesse, personnifiée comme une figure féminine, est éprise de l’être humain. Elle ne s’adresse pas à l’ensemble du peuple d’Israël, mais à chaque personne, pour assurer son bonheur. Elle lui révèle un art de vivre, inconnu, pratique, porteur de tous les autres biens. Aussi Montfort exprime-t-il très spontanément cette vision de la Sagesse dans le chapitre VI de l’ASE:

          ASE 64 : « Il y a une si grande liaison d’amitié entre la Sagesse éternelle
          et l’homme, qu’elle est incompréhensible. La Sagesse est pour l’homme, et
          l’homme est pour la Sagesse »

          ASE 65 : « Cette beauté éternelle et souverainement aimable a tant le désir de
          l’amitié des hommes, qu’elle a fait un livre exprès pour la gagner, en lui
          découvrant ses excellences et les désirs qu’elle a de lui …Les désirs qu’elle y
          témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de
          son amitié sont si tendres, les appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à
          l’entendre parler, vous diriez qu’elle n’est pas la souveraine du ciel et de la terre
          et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse. »

          ASE 66 : «Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ;
          tantôt elle monte sur la pointe de plus hautes montagnes ; tantôt elle vient
          aux portes des villes ; tantôt elle rentre jusque dans les places publiques, au
          milieu des assemblées criant le plus haut qu’elle peut : O hommes, o enfants des
          hommes ! C’est à vous que je crie depuis si longtemps, c’est à vous que ma voie
          s’adresse ; c’est vous que je désire, c’est vous que je cherche ; c’est vous que je
          réclame. Écoutez, venez à moi, je veux vous rendre heureux ! (…)»

          ASE 67 : [La Sagesse dit] « J’aime ceux qui m’aiment, et quiconque me cherche
          diligemment me trouvera, et me trouvant, il trouvera abondance de tous biens.
          (…) »

          ASE 68 : « Mes enfants, écoutez-moi. Bienheureux ceux qui gardent mes voies.
          Écoutez mes instructions, soyez sages et ne les rejetez point. Heureux celui qui
          m’écoute, qui veille tous les jours à l’entrée de ma maison et qui se tient à ma
          porte. Celui qui me trouvera, trouvera la vie (…)»

Montfort proclame que l’Eucharistie est la preuve du désir que la Sagesse Éternelle a de l’homme jusqu’à devenir sa nourriture (cf. ASE 71).

Montfort a été captivé par ce mystère. Ce qui semble l’émerveiller est « l’ardent désir de la Divine Sagesse de se donner aux hommes ».

Le chapitre VI de l’ASE met bien en valeur les différents aspects de cette découverte bouleversante qui a imprégné toute sa vie, sa prière, sa mission…

   - Face à l’appel de Dieu non mérité, nous sommes devant un mystère

   - La Sagesse et l’homme sont faits l’un pour l’autre

   - La Sagesse a un tel désir de trouver l’être humain qu’elle a pris l’initiative d’aller le rejoindre là où il se trouve et de demeurer avec lui. Elle a inventé les moyens pour lui « témoigner plus sensiblement son amour »: un « livre » (la bible) puis son Incarnation, la mort sur la croix et l’Eucharistie.

   - C’est l’amour qui la pousse à chercher et rejoindre l’être humain et ce qu’elle propose à ceux qui la trouvent, ce n’est rien de moins que le bonheur.

   - Pour la trouver et vivre avec elle, l’être humain doit l’écouter (elle parle) et veiller près d’elle.

   - Nous sommes donc invités à ne rien désirer d’autre qu’elle et à la chercher de toutes nos forces.

          Il faut répondre à ce désir de la Sagesse pour nous :

          ASE 73 : « Désirons donc et recherchons uniquement la Divine Sagesse (…).
          On ne peut rien désirer de plus que la Sagesse. Ainsi quelques dons de Dieu,
          quelques trésors célestes que vous désiriez, si vous ne désirez pas la Sagesse,
          vous désirez quelque chose de moindre qu’elle. Ah ! Si nous connaissions ce
          que c’est que ce trésor infini de la Sagesse fait pour l’homme (…)° nous
          soupirerions jour et nuit après elle : nous volerions avec vitesse aux
          extrémités du monde et nous passerions avec joie au travers des feux et des
          rasoirs pour la mériter (…) ».

Nous voyons donc que, dans cette relation que le P. de Montfort a si bien compris, il y a, pour ainsi dire, plusieurs « mouvements » : le premier celui de la Sagesse qui prend l’initiative et vient vers les humains, vers nous. Le second, celui qui nous revient si nous voulons lui répondre, l’accueillir : nous asseoir, écouter. Le troisième celui qui nous emmène, avec Elle, aux carrefours du monde.


I/ Premier mouvement – La Sagesse prend l’initiative : Sortir de soi, aller à la rencontre par amour.

Pour mieux connaître qui est cette Divine Sagesse et les conséquences pratiques de ce mystère dans la vie, la spiritualité, la mission du P. de Montfort et de Marie-Louise de Jésus et pour la nôtre lisons ensemble, en faisant très attention, ce texte du P. de Montfort qui est directement inspiré du livre des Proverbes au chapitre 8 et que vous connaissez bien maintenant car il donne le fil rouge à notre session :

          ASE 66 : «Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands
          chemins ; tantôt elle monte sur la pointe de plus hautes montagnes ; tantôt
          elle vient aux portes des villes ; tantôt elle rentre jusque dans les places
          publiques, au milieu des assemblées criant le plus haut qu’elle peut : O
          hommes, o enfants des hommes ! C’est à vous que je crie depuis si
          longtemps, c’est à vous que ma voix s’adresse ; c’est vous que je désire, c’est
          vous que je cherche ; c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi, je
          veux vous rendre heureux ! (…)»

Regardons ensemble ce texte….

D’abord, voyons où la Sagesse parle… Ce sont des lieux publics (les grands chemins ; la pointe des plus hautes montagnes ; les portes des villes ; les places publiques, au milieu des assemblées ….)…Ce sont des lieux de passage…ce sont des lieux importants pour la vie des êtres humains… ce sont des lieux de « croisement » ou se joue la vie, où s’entrelacent les influences, où se prennent des décisions… Là où les êtres humains vivent, souffrent, aiment, servent…

Ensuite rendons nous attentifs à ce que la Sagesse dit…. C’est une promesse de bonheur… La conférence de demain va développer cet aspect de la promesse de bonheur qui nous est offerte…Mais c’est très important de ne pas perdre ceci de vue : si Dieu nous appelle à lui, si la Sagesse nous invite c’est pour que nous soyons heureux, heureuses.

Enfin, prenons conscience que c’est elle qui prend l’initiative de cette rencontre, c’est elle qui fait la plus grande partie du chemin pour rejoindre les hommes, pour nous rejoindre. C’est elle qui fait le premier pas.

Le livre de Siracide élargit cette image en décrivant la Sagesse faisant le tour des cieux et parcourant la profondeur des abîmes pour trouver un lieu où planter sa tente. Finalement elle s’enracine chez les humains.(Cf Siracide 24)….Dans le prologue de l’évangile de Jean ou dans l’épitre aux Philippiens (Ph 2, 6-11) on décrit un mouvement semblable pour parler de l’Incarnation.

Il s’agit d’un mouvement de sortie de soi par amour, un mouvement qui pousse à prendre l’initiative de rejoindre l’autre (les humains) au prix de renoncements, de dépouillements… Et c’est facile de contempler à cette lumière-là Jésus de Nazareth… N’est-ce pas cela l’image première de Jésus-Sagesse ? Considérez-le…. C’est Lui, celui qui (à la différence des renards dans leurs tanières et des oiseaux dans leurs nids), n’avait pas où reposer la tête (Mathieu 8, 20). C’est lui, le prédicateur qui arpentait la Palestine en long et en large, le Fils obéissant dont le dernier voyage (à la fois intérieur et extérieur) l’a conduit de Jérusalem à la croix. Il a marché au milieu des pêcheurs et des cultivateurs, des bergers et des collecteurs d’impôts, des rabbis et des prêtres. (Exemples : Marc 2, 15-17 et parallèles; Luc 3, 12 ; Luc 7, 34 et parallèles; Luc 15, 1-2 ; Luc 19, 12 ; Mt 21, 31-32…). Bref, il a marché au milieu des gens….Il est allé à la rencontre des êtres humains pour leur offrir le Royaume, pour leur offrir de vivre en relation avec son Père, pour leur proposer le bonheur.

Alors, pouvons-nous nous demander, quelles conséquences pour notre vie peut avoir cette découverte de la Sagesse qui vient vers nous par amour ? Qu’est-ce que cela implique pour nous ?


II/ Deuxième mouvement - Écouter la Sagesse qui me cherche et m’appelle aux carrefours de ma vie. L’accueillir dans ma vie.

Revenons au texte de l’ASE 66 inspiré de Proverbes 8. Puisque la Sagesse parle, qu’elle appelle, qu’elle crie, il est logique de dire que, pour vivre pleinement la rencontre avec elle, le mouvement naturel consiste à se mette à son écoute, à l’écouter… Il faut s’asseoir. Il faut tendre l’oreille…

Ecouter et accueillir la Sagesse dans notre vie suppose :


A. La prière.

Dans des nombreux textes, le P. de Montfort attire l’attention sur l’importance de la prière :

          « La prière est le canal ordinaire par lequel Dieu communique ses grâces,
          particulièrement sa Sagesse ». (ASE 184)

C’est clair, celui qui se décide à vivre une relation d’amitié avec la Sagesse dans la prière ne se lance pas dans une tâche ardue ou impossible… Non, parce que la Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent, par ceux qui la désirent…

          « La Sagesse se laisse aisément contempler par ceux qui l'aiment, elle se laisse
          trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se montrant à eux
          la première. Celui qui la cherche dès l'aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera
          assise à sa porte… » (Sag 6, 12 ss)

          Elle dit : « Heureux l'homme qui m’écoute, oui, qui vient veiller à mes portes
          jour après jour, et qui monte la garde devant l'entrée de ma maison ».
          (Prov. 8 34).

Heureux… Oui, la conséquence de l’écoute de la Sagesse est bien le bonheur…. L’enjeu n’est pas négligeable, c’est un enjeu de vie ou de mort…Les textes bibliques et montfortains qui nous alertent sur ce choix crucial sont nombreux et forts…

La Sagesse, elle même le dit, c’est le bien le plus précieux auquel nous pouvons aspirer : (Cf. Prov. 8, 10-11 : plus précieuse que les perles et que l’or pur) car « Celui qui me trouve a trouvé la vie, il obtiendra la faveur du Seigneur. » Prov. 8, 35

Le P. de Montfort a des très belles pages dans l’ASE pour nous encourager à demander la Sagesse dans la prière… Dans l’ASE il en parle comme du deuxième moyen pour acquérir la Sagesse (cf chapitre XV numéros 184- 193).

          « Plus un don de Dieu est grand et plus il est difficile à obtenir. Quelles prières
          donc, quels travaux n'exige pas le don de la Sagesse, qui est le plus grand de tous
          les dons de Dieu! (…) Écoutons ce que dit la Sagesse même: «cherchez et vous
          trouverez, frappez et l'on vous ouvrira, demandez et l'on vous donnera». Comme
          si elle disait: Si vous voulez me trouver, il faut me chercher si vous voulez entrer
          en mon palais, il faut frapper à ma porte; si vous voulez me recevoir, il faut me
          demander. Personne ne me trouve s'il ne me cherche; personne n'entre chez moi
          s'il ne frappe à ma porte; personne ne m'obtient s'il ne me demande, et tout se fait
          par la prière. (….) Si quelqu'un de vous a besoin de la Sagesse, qu'il la demande à
          Dieu qui donne à tous abondamment et ne reproche point ses dons, et elle lui sera
          donnée. Remarquez, en passant, que le Saint-Esprit ne dit pas: Si quelqu'un a
          besoin de charité, d'humilité, de patience, etc., qui sont des vertus si excellentes,
          mais: Si quelqu'un a besoin de Sagesse... [Car en la demandant], on demande
          toutes les vertus qui sont renfermées en elle ». (ASE 184)

Dans les numéros 185 à 190 de l’ASE, le P. de Montfort explicite comment doit être notre prière pour demander la Sagesse: il faut la demander avec une foi vive et ferme, sans hésiter ; avec une foi pure, sans appuyer sa prière sur des consolations sensibles, des visions ou des révélations particulières… La pure foi est le principe et l'effet de la Sagesse en notre âme: plus on a de foi, et plus on a de sagesse; plus on a de sagesse, plus on a de foi. Enfin, il faut demander la Sagesse avec persévérance…

Un disciple du P. de Montfort doit ouvrir jour après jour la porte de son cœur à la Sagesse…et la clé de cette porte est la prière. Il doit notamment soigner l’accueil de la Parole dans sa vie, apprendre à contempler Jésus dans l’Ecriture comme Sagesse, comme le P. de Montfort l’a contemplé, avec son regard. C’est cela que vise le P. de Montfort quand il dit dans le numéro 193 de l’ASE :

          « A l'oraison vocale il faut ajouter l'oraison mentale laquelle éclaire l'esprit,
          enflamme les cœurs et rend l'âme capable d'écouter la voix de la Sagesse, de
          goûter ses douceurs et de posséder ses trésors. Pour moi, je ne trouve rien de
          plus puissant, pour attirer le Règne de Dieu, la Sagesse éternelle, au dedans de
          nous, que de joindre l'oraison vocale et la mentale, en récitant le saint Rosaire
          et en méditant les 15 mystères qu'il renferme ».

Quand nous prions le Rosaire, nous méditons, en compagnie de Marie, les mystères de la vie de son Fils, et nous apprenons à le contempler comme la Sagesse Incarnée.

B. Le discernement :

Rappelons nous de ce qui nous est dit dans le texte du livre des Proverbes chapitre 8 ou dans le numéro 66 de l’ASE qui servent de fil rouge à cette session : La Sagesse se présente pour chercher l’homme dans des lieux publics, dans des lieux de décision, dans de lieux de croisement….Cela veut dire qu’elle n’est pas la seule voix que nous écoutons…. Sa voix est mêlée à d’autres bruits divers… Cela est particulièrement actuel dans nos sociétés pluralistes…Plusieurs sagesses sont offertes à nous, à nos contemporains…plusieurs sens possibles peuvent être donnés à nos actions à notre vie, à nos choix…

C’est capital de retenir ceci : A celui qui veut s’ouvrir à la Sagesse, qui désire vivre selon l’art de vivre de Dieu, trouver le comportement droit, le monde fait signe à travers des ambiguïtés où peut se déchiffrer un chemin : il se donne comme offrant des traces, des repères à l’aide desquels on peut trouver une voie qui plaise au Seigneur. Mais s’il faut trier et scruter les événements ou nos propres intentions, c’est qu’il n’y a ni évidence claire, ni consignes à respecter. Il faut considérer ces repères comme des signaux sur une route ; ils balisent un chemin, évitent de s’égarer, mais à la condition de savoir où l’on veut aller. Les repères ne dispensent pas de la décision et du dessein, ils les présupposent. Cependant, sans ces repères, le dessein resterait sans possibilité de prendre corps. Il s’agit de se donner les moyens pour agir le moins mal possible en toute circonstance.

Tout disciple du Christ doit pratiquer le discernement spirituel, c’est-à-dire examiner, à la lumière de l’Évangile et conduit par l’Esprit de Dieu, les motivations qui guident ses options personnelles afin de découvrir le chemin de bonheur et de fidélité à Dieu qui s’ouvre chaque jour devant lui et pouvoir agir en conséquence.

Un disciple du Christ selon la voie tracée par le P. de Montfort, se doit d’être particulièrement attentif à cet aspect de la vie. En effet, il ne cesse pas de nous alerter sur les vraies et les fausses sagesses présentes dans notre monde ( cf.ASE 13-14). Ainsi le chapitre VII de l’ASE s’intitule précisément « L'élection de la vraie Sagesse » (numéros 74-89) et il est dédié à alerter sur ces fausses sagesses présentes dans notre monde et qu’il faut savoir écarter pour choisir la vraie Sagesse qui est Jésus-Christ. Certains des exemples donnés par le P. de Montfort datent un peu mais beaucoup de ses réflexions restent de grande actualité.

Comme dans toute période historique, comme dans toute vie, Louis-Marie et Marie -Louise ont fait, dans leur propre vie, l’expérience de la nécessité du discernement spirituel.

Selon le P. de Montfort , ce besoin de discernement concerne toutes les dimensions de la vie y compris, par exemple, la vraie dévotion à Marie qu’il faut bien distinguer des fausses dévotions (VD 90).

Il n’a jamais fait un enseignement explicite sur le discernement spirituel mais ses écrits et sa vie gardent des nombreuses traces sur sa manière de procéder. Ils révèlent la grande importance pour lui de toutes sortes de discernement et son habileté à chercher et trouver les chemins de l’Esprit dans les circonstances concrètes, par exemple pour ce qui concerne:
     - les différentes formes de son propre apostolat;

     - les orientations qu’il devait donner aux personnes qui cherchaient sa direction spirituelle;

     - les options entre le vrai et le faux;

     - le choix de ce qui est meilleur dans une situation donnée.

Marie-Louise n’a pas fait, non plus, un enseignement organisé sur le discernement . Mais elle en a fait une réalité dans sa propre vie et à travers ses écrits, se dégage une orientation profonde de sa vie : chercher en tout la volonté de Dieu :

Nous pouvons citer quelques exemples concrets de discernement tirés la vie du P. de Montfort. ( un simple : Le choix de sa vocation presbytérale et un autre plus difficile, le type d’apostolat: vie contemplative ou apostolique ?: Lettre 5).

Et nous pouvons aussi citer quelques exemples de la vie de Marie-Louise. Bien qu’émaillée par des nombreux discernements (choix d’implantations des communautés par exemple…) la vie de Marie-Louise, a été marquée par plusieurs choix particulièrement décisifs et difficiles :

     – Celui de sa vocation (quelle sera sa manière de répondre à l’appel à la vie religieuse qu’elle ressent)

     – Le départ de l’hôpital général de Poitiers : est-ce qu’elle doit ou non le quitter pour aller à la Rochelle?

     – Le choix d’implantation du « chef lieu » de la Congrégation.

Il faut donc se rendre de plus en plus familier de la voix de la Sagesse pour apprendre à reconnaître sa voix, à discerner sa présence au milieu des autres voix, des bruits, des fausses sagesses présentes dans notre monde….


C. L’Eucharistie :

Le second geste symbolique majeur de la Sagesse est d’inviter tout le monde : riches et pauvres, nobles et roturiers, «ceux du dedans» et «ceux du dehors» à son banquet. Elle construit sa maison sur sept piliers…

          « La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes, Elle a abattu ses
          bêtes, préparé son vin, Elle a aussi dressé sa table. Elle a dépêché ses
          servantes et proclamé sur les buttes, en haut de la cité : « Qui est simple ?
          Qu’il passe par ici ! » A l’homme insensé Elle dit : « Venez , mangez de mon
          pain, buvez du vin que j’ai préparé » (Proverbes 9, 1-5 )

Dans ce texte on voit une autre manière d’agir de la Sagesse qui se donne aux êtres humains… Elle les invite à son banquet, un banquet sous les caractéristiques de l’abondance, la non-exclusion et l’amour.

Quel est le but du banquet de la Sagesse ? Le partage de la nourriture en abondance suggère le partage de la vie en abondance. Rien ne fait tomber aussi réellement les barrières sociales que le fait de manger à la même table. Rien ne montre plus clairement le partage d’un amour authentique que le fait de rompre le pain ensemble.

Enfin, nous notons que ce geste est propre à la Sagesse. Nous ne le trouvons ni de la même qualité ni de la même taille, chez aucun patriarche, juge ou prophète.

Jésus a incarné dans sa chair l’invitation au banquet de la Sagesse de l’Ancien Testament.

Jésus a aussi supprimé toutes les barrières par le simple choix de ceux avec qui il a mangé. Il mange avec les foules, les pécheurs, les riches, il est mêlé avec, il n’exclut personne…et c’est toujours le banquet de l’abondance ( cf : paniers qui restent lors de la multiplication des pains… vin de choix et en abondance à Cana…)

C’est une caractéristique de Jésus et non des autres prophètes….

          Cf. Mth 11, 18-19 « Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit : « Il a perdu
          la tête ». La Fils de l’homme est venu, il mange, il boit, et l’on dit: « Voilà un
          glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs ! ». Mais la
          Sagesse a été reconnue juste d’après ses œuvres. »
          (et son parallèle Luc 7, 33-35 :
          « …Mais la Sagesse a été reconnue juste par tous ses enfants. »)

C’est une autre manière de proclamer « Moi, je suis la Sagesse »…

Il est important de noter aussi que beaucoup de paraboles se servent de l’image du repas pour parler du Royaume. Que ce soit dans les repas auxquels Il participe ou dans son enseignement, nous retrouvons les trois mêmes aspects : non exclusion, abondance, amour. (Lévi le collecteur d’impôts (Luc 5, 27-32) et Zachée (Luc 19, 1-10) ; Simon le Pharisien (Luc 7, 36-48) ; Marthe et Marie (Luc 10, 38-42); Multiplication des pains (Jn 6, 5-13 / Luc 9,12-17) et à Cana (Jn 2, 1-12)

Surtout, au moment décisif de sa vie, pour montrer l’amour extrême qui va le conduire à la croix, c’est encore autour d’un repas que Jésus rassemble ses disciples. A la Cène, dans le repas clé rappelé par les quatre évangiles (Mt 26, 26-29; Mc 14, 22-23; Lc 22,14-18; Jn 13,2-15).

En contemplant les gestes de Jésus, le P. de Montfort a compris la convivialité ouverte comme un geste majeur pour enseigner à la fois aux riches et aux pauvres : la non-exclusion, le partage, l’amour…De nombreux exemples de sa vie montrent comment il s’est investi pour trouver des moyens pour que le surplus des riches arrive aux pauvres qui meurent de faim ; pour franchir des barrières sociales et que « ceux qui n’ont pas » soient reçus chez « ceux qui ont » pour manger avec eux ou le contraire, que « ceux qui ont » aillent chez « ceux qui n’ont pas » pour manger avec eux. Aussi nous trouvons des exemples qui montrant des « Miracles d’abondance », des multiplications des ressources…

Mais surtout, le P. de Montfort a été saisi par ce qui s’est joué au dernier repas de Jésus, c’est le banquet où la Sagesse se donne Elle-même en nourriture.

          “Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’au bout
          (jusqu’à la fin) »(Jn 13,1) ; “J’ai ardemment désiré manger cette pâque avec
          vous » (Lc 22, 14)

Jésus a incarné dans sa propre chair l’invitation à son banquet faite par la Sagesse à tous les gens de bonne volonté (Pr 9).

Le repas pascal est habituellement célébré en famille. En invitant ses disciples et ses apôtres, Jésus franchit déjà les limites étroites imposées par le clan et la famille. Ces disciples et apôtres sont destinés à parcourir le monde entier et à vivre, où qu’ils aillent, l’inclusivité et l’abondance du banquet de la Sagesse. Au Dernier Repas, la Sagesse trouve une façon d’être présente – rompre le pain et boire le vin – en passant à travers toutes les limites de temps, d’espace, de race, de nationalité, de tribu et de caste. Jésus, en tant que Sagesse Incarnée, transcende les barrières du système social dans lequel il était né. Jésus, précisément en tant que Sagesse Incarnée, incarne dans sa propre vie le symbole ultime du ravitaillement des multitudes et de la multiplication des pains.

Le P. de Montfort a compris ceci et le dit avec ses propres mots. Rien ne résume mieux le but et la fin du banquet de la Sagesse qui par amour se donne elle-même, que ASE 70 et 71. Le mystère institué par le Christ est le prolongement dans le temps de cet amour qui poussa la Sagesse Éternelle à se faire homme et à mourir sur la croix (ASE 70 et C 128,1). Afin que la mort ne le séparât point des hommes, Jésus nous a laissé l’Eucharistie:

          « Enfin, la Sagesse Éternelle, pour s’approcher de plus près des hommes et leur
          témoigner plus sensiblement son amour, est allée jusqu’à se faire homme, jusqu’à
          devenir enfant, jusqu’à devenir pauvre, jusqu’à mourir pour eux sur la Croix.
          Combien de fois s’est-Elle écriée lorsqu’elle vivait sur la terre : Venez à moi,
          venez tous à moi ! C’est moi, ne craignez rien ! Pourquoi craignez-vous ? Je suis
          semblable à vous; je vous aime. Est-ce parce que vous êtes pécheurs ? Eh ! C’est
          eux que je cherche ; je suis l’amie des pécheurs. Est-ce parce que vous vous êtes
          égarés du bercail par votre faute ? Eh ! Je suis le Bon Pasteur. Est-ce parce que
          vous êtes chargés de péchés, couverts d’ordures, accablés de tristesse ? Eh,
          c’est justement pourquoi vous devez venir à moi ; car je vous déchargerai,
          je vous consolerai. » (ASE 70)


          « Voulant … montrer son amour pour l'homme … elle ne fait point difficulté de
          changer et renverser toute la nature. Si elle ne se cache pas sous [l']éclat d'un
          diamant ou autre pierre précieuse, c'est qu'elle ne veut pas seulement demeurer
          extérieurement avec l'homme; mais elle se cache sous l'apparence d'un petit
          morceau de pain, qui est la nourriture propre de l'homme, afin que, étant mangée
          de l'homme, elle entrât jusqu'en son cœur pour y prendre ses délices ». (ASE 71)

Un couplet de la série des Cantiques dédiée à l’eucharistie exprime de façon extraordinaire le contenu de « L’Amour de la Sagesse Éternelle », nnº 70 et 71. Il se trouve dans le Cantique 129,2 :

          Jésus possède en vérité /Dedans l’Eucharistie / Plénitude de charité/ Plénitude
          de vie./ Il est le trésor infini/ Puisqu’il est la Sagesse,/ Mais son éclat n’est pas
          terni /Quoiqu’à nous il s’abaisse.

On trouve des références à la manière dont le P. de Montfort présente l’eucharistie dans ASE, VD, SM, RM, RS; mais ce sont surtout les Cantiques, qu’il faisait chanter pendant la messe, l’adoration, les processions, etc., qui nous livrent sa pensée, son sentiment eucharistiques, laissant entrevoir l’ardeur du zèle qui l’animait pour aider le peuple à comprendre et à vivre le mystère de l’Eucharistie.

Montfort était profondément convaincu que la communion sacramentelle est un moment de conformation vitale au Christ:

          «L’homme juste qui communie / Devient un autre Jésus-Christ, / Est rempli de son
          esprit / Et de sa vie» (C 158,9).

Le don du Corps et du Sang de Jésus, a pour but de nous transformer totalement en Lui:

          «Il donne sa chair à manger / Son propre sang à boire, / Son âme et son être
          infini / Afin de nous changer en Lui» (C 132,3).

Dans la communion,

          «Jésus et l’âme n’y font qu’un, / Tout entre eux deux devient commun» (C 132,4),

Et le fidèle peut redire avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi» (Gal 2,20).

Dans le contexte du banquet de la Sagesse, Montfort suggère une préparation communautaire avant la communion:

          «Mangeons ce pain vivant, buvons ce vin des anges / Mais fréquemment, / Mais
          saintement. / Mangeons, buvons / Et nous engraissons, / Mangeons, buvons / Et
          nous enivrons, / Et rendons à Dieu nos louanges» (C 158,9).

En un temps où la communion ne se recevait que sous les espèces du pain, une telle insistance sur «manger et boire» est frappante; le chant d’ensemble et le pluriel des verbes ne pouvaient qu’aider les âmes pieuses à sortir de l’individualisme vers une meilleure compréhension communautaire de la communion.

Parler du banquet de la Sagesse est inutile et n’a pas de sens, à moins de trouver des manières créatives et pratiques de faire que l’abondance, l’inclusivité, le service et l’amour deviennent réalité chez les gens parmi lesquels nous vivons et travaillons. De même, participer à l’Eucharistie si nous ne comprenons pas que nous y participons comme membres d’un seul corps qui se réjouit et souffre quand se réjouissent et souffrent chacun de ses membres.


III/ Troisième mouvement – Aller avec la Sagesse aux carrefours : La dimension apostolique de la rencontre avec la Sagesse

Montfort et Marie-Louise ont complètement ouvert leur porte à la Sagesse qui les appelait aux carrefours de leur vie. Ils ont même vécu une union intime et forte avec elle…

Chez eux ressort clairement que la vie spirituelle ne se renferme pas dans la vie pieuse, mais devient témoignage et évangélisation dans le monde. Les missionnaires doivent se laisser guider par l’Esprit Saint sans empêchements d’ordre affectif ou économique (PE 7-9).

Comme nous l’avons vu, le but explicite de la spiritualité du P. de Montfort est le bonheur. Saint Louis-Marie s'adresse ainsi à l'aspiration la plus fondamentale de tous les hommes et de toutes les femmes. Mais Montfort et Marie-Louise ne se contentent pas de goûter eux-mêmes à ce bonheur. Ils aident d’autres à y parvenir. A l’image de la Sagesse, ils vont sur les chemins, sur les montagnes, dans les villes sur toutes les places publiques à leur portée, ils y consacrent leur vie, toutes leurs énergies jusqu’à l’épuisement et avec une créativité considérable.

De manière concrète, Louis-Marie a choisi de suivre le modèle de la Sagesse en marche parmi les gens.

Littéralement il a compris comme d’autres saints, (St François d’Assise…) le besoin qu’ont les pauvres marginalisés, tant à la campagne qu’en ville, de ce geste fondamental. On ne peut comprendre la véritable profondeur de ce besoin que si l’on a expérimenté ce que c’est que d’être sans-voix, toujours méprisé et ignoré…. La présence de quelqu’un qui partage avec vous ce que vous vivez est annonce pour vous de la bonne nouvelle et a donc une énorme importance.

Au sens symbolique Louis-Marie a compris dans toute sa profondeur la métaphore du voyage : le besoin de quitter continuellement ce qu’on a déjà accompli, le besoin de s’engager sur un sentier qui mène à une destination inconnue, le besoin d’abandonner les certitudes et de vivre dans l’ambiguïté et le manque de sécurité, le besoin de marcher en dehors des attentes de la société respectable.

Montfort, parce qu’il a rencontré la Sagesse a voulu suivre son chemin, a compris que ce mouvement pour aller rejoindre les autres et particulièrement les plus petits, a sa source dans l’amour et demande de se dépouiller , de « descendre », de « perdre »….

Ce serait sans doute riche que chacun de vous puisse donner des exemples de la vie du P. de Montfort et de Marie-Louise de Jésus qui montrent comment ils ont vécu cette sortie de soi par amour, ce mouvement d’aller vers les autres, particulièrement les petits et les pauvres, mouvement qui implique, à la suite du Christ, un abaissement… Nous pouvons par exemple penser à Louis-Marie souffrant le rejet à Poitiers, à la Salpetrière…à la rue du Pot de fer où il était abandonné de tous…ou le Calvaire de Pontchâteau…etc…

Pour Marie-Louise on peut évoquer : la première communauté de la Sagesse, dix années de solitude, l’incompréhension de sa mère…l’arrivée à St Laurent…la calomnie des sœurs à St Laurent…etc…

Pour Montfort ceci se fait surtout par la voie de la prédication. Là où d’autres missionnaires voient le pécheur, Montfort voit le ‘possible’ saint. On arrive à la question classique : est-ce que c’est la pratique de la vertu qui conduit à l’union avec Dieu ou est-ce que c’est l’union avec Dieu qui déborde dans la pratique de la vertu ? Beaucoup de mystiques, parmi lesquels se compte Montfort, préfèrent la seconde hypothèse et il l’a incarnée de manière concrète notamment pendant ses missions.

Le choix du peuple simple et pauvre répond donc à une vision théologique puisée dans l’Écriture, selon laquelle le Règne de Dieu est offert à tous mais de préférence aux petits, aux pauvres et aux humbles. Le Christ lui-même s’est fait pauvre et il se cache mystérieusement dans les pauvres et dans les souffrants (C 17,14-15). Montfort et Marie-Louise ont une grande estime pour les gens simples et les pauvres, comme étant les plus disponibles à la Sagesse de Dieu. La sainteté consiste à être spirituellement petit (LAC 31; VD 54; L 34). Si la mission s’adresse à toute l’humanité, elle doit avoir toujours un regard de prédilection pour les plus pauvres car, selon les paroles d’Isaïe que Jésus reprend, « Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres ». Ils ont fait siennes ces paroles et les ont incarnées dans leur vie de manière concrète (cf. RM 2) et différente.

Pour Marie-Louise ceci se montrera, entre autres, par son inlassable courage et créativité pour faire naître la Congrégation. A travers les fondations les plus variées et difficiles elle se situe dans les carrefours de son époque pour rejoindre les prisonniers, les militaires, les incurables… Au prix de voyages, d’adaptations, de fatigues, elle invente avec ses sœurs des manières nouvelles de rejoindre les pauvres, de leur annoncer qu’ils sont aimés, elle bâtit un édifice « sur l’échafaudage de la Providence »…

De cette orientation spirituelle découle l’amour concret pour les pauvres dont Montfort et Marie-Louise ont fait preuve toute leur vie.

En parlant de Montfort, Besnard écrit: “Dans les pauvres il ne voyait que lui (Jésus-Christ). C’est lui qu’il vénérait en eux, il les voyait comme un sacrement qui cachait Jésus-Christ. Il disait ‘un pauvre est un grand mystère, et il faut savoir pénétrer en lui”. C’est ce qui met en pratique lui-même, un exemple clair étant celui de Dinan où il prend un pauvre sur ces épaules en s’écrie « Ouvrez à Jésus-Christ !».

L’attitude de Montfort pour le petit peuple consiste avant tout à l’écouter et à combattre les préjugés dont il est victime. Le Cantique 18, Les cris des pauvres, est une description réaliste de leur situation douloureuse; Dieu ne les blâme pas, mais il promet son intervention de justice et de bonté, comme dans le Magnificat (C 18, 7).

Ce sera aussi la pratique de Marie-Louise qui voyant dans le froid des pauvres peu couverts et mal vêtus s’écrira : « oui, si j’étais étoffe, je me donnerai aux pauvres ! » Elles les servent toute sa vie et en gardera le souci préférentiel jusqu’à dans son lit de mort, où elle recommande « n’oubliez pas les pauvres. »

Nous voyons que ce chemin est ouvert à tous; cependant, il est de bien des façons un chemin distinct et unique. Il trouve sa source dans la tendresse de Dieu, Jésus Christ, Sagesse crucifiée et dans le soin maternel de Marie. C'est un chemin qui - adapté aux dons particuliers de chacun - conduit chaque individu et par l'humanité, tout le cosmos, rapidement, parfaitement, directement et sûrement (cf VD 168) à l'union avec la Trinité. La puissance de cette spiritualité a été prouvée non seulement dans la vie de ce missionnaire itinérant et de cette servante des pauvres, mais aussi dans leurs disciples et en de très nombreuses âmes au cours des siècles dont la vie a été transformée par leurs enseignements.

En définitive, Montfort propose à tous, et en premier à Marie-Louise, une manière de vivre : découvrir que la Sagesse se donne, découvrir son amour, découvrir qu’elle veut notre bonheur.


Quand on l’a découvert, il s’agit de répondre à son amour, de vivre en sa présence et d’en témoigner pour que d’autres à leur tour en vivent.


Cette invitation n’est pas pour une élite mais pour tous. Ils y consacrent leur vie.


IV / Le fruit de l’union avec la Sagesse : cohérence de vie et fécondité missionnaire

De nombreux témoignages de leurs biographes attestent la présence continuelle de Jésus et de Marie dans la vie de Montfort et de Marie-Louise et témoignent de la relation dans leur vie entre la contemplation, le pouvoir de leur prédication et leur cohérence de vie. Leur union intime avec la Sagesse se traduit dans un désir ardent de vivre comme Jésus, de s’identifier avec lui dans tous les aspects de leur vie jusqu’à la transformation de soi même en Jésus Christ. C’est cela acquérir la Sagesse :

Ex. :   « Il me montra son Nouveau Testament et me demanda si je trouvais à redire
          à ce que Jésus Christ a pratiqué et enseigné (…) qu’il n’avait point d’autre
          parti à prendre que celui de marcher … sur les traces de Jésus Christ… »
          (Blain 332-333) :

          « J’ai commencé aujourd’hui…à demander à mon aimable Jésus la grâce de
          parler comme lui et d’agir comme lui… » Lettre 9 de Marie-Louise.

          « L'essentiel de cette dévotion [vraie dévotion à Marie] consiste dans l'intérieur
          qu'elle doit former (…)[y parviendra]celui-là seul, à qui l'Esprit de Jésus-Christ
          révélera ce secret, et y conduira lui-même l'âme bien fidèle pour avancer de vertus
          en vertus, de grâce en grâce, et de lumières en lumières pour arriver jusqu'à la
          transformation de soi-même en Jésus-Christ, et à la plénitude de son âge sur la
          terre et de sa gloire dans le ciel. » VD 119

Une des conséquences est la radicalité de la vision et du style de vie de Montfort et de Marie-Louise. Ainsi pour Montfort, cela exige de :

     - renoncer à toute gloire ou prestige personnel.

     - dénoncer les « fausses sagesses ».

     - proclamer la sagesse du royaume de Dieu (sagesse alternative)

Ceci conduit au conflit avec les forces du péché et du mal, à s’engager concrètement pour le Royaume.

En répercutant à tous l’invitation de la Sagesse, Montfort a été cohérent avec son propre chemin. Le chemin qu’il ouvre est celui qu'il a lui-même suivi et qu'il a prêché à de simples gens de la campagne du nord-ouest de la France, au tout début du XVIIIème siècle.


V / La Sagesse apprise au pied de la croix

Comme on vient de l’évoquer, malheureusement, ce chemin d’annonce de l’amour de la Sagesse pour l’être humain ne va pas sans combat.

Les oppositions, la calomnie, les humiliations et les rivalités et les obstacles apparaissent immédiatement chaque fois que, avec zèle et énergie, un disciple de la Sagesse :

     - annonce (proclame) la vraie sagesse,

     - dénonce les fausses sagesses,

     - fait une option forte et publique pour les pauvres,

     - lutte pour la justice,

Il y a deux raisons pour cela :

Raison extérieure : Quand le bien apparaît, les forces du mal essaient de le combattre. Quand des intérêts sont mis en jeu, ceux qui en bénéficient s’efforcent de les garder.

Raison intérieure : Même nos meilleures actions sont entachées par notre faiblesse, notre impuissance, nos limites, notre péché. Parce que nous n’entrons pas toujours dans ce mouvement de la Sagesse, dans ce mouvement « d’aller vers » par amour. Malheureusement quelques fois c’est plutôt le mouvement contraire qui l’emporte en nous : égoïsme, repli sur soi…

Le mal et les résistances qui surgissent toujours sur le chemin du disciple qui met résolument sa vie au service du Royaume. Ce combat intérieur et extérieur, c’est cela la croix.

Nous n’allons pas faire ici un enseignement sur la doctrine de la croix chez le P. de Montfort…Nous aurons la chance de le faire quand nous irons à Pontchâteau dans quelques jours. Mais il n’est pas possible de parler de qui est la Sagesse sans parler de la Croix.

Jésus, la Sagesse Incarnée, en cohérence avec tous les choix que son amour inconditionnel pour nous lui avait fait faire pendant sa vie terrestre, a marché librement vers la Croix qui s’est présentée à lui comme une conséquence incontournable de ces choix faits par amour. C’est dans la Croix, que se révèle de manière ultime la Sagesse de Dieu car c’est le lieu ultime où se révèle son amour pour nous et la cohérence de sa vie, son art de vivre en humain à la manière de Dieu un amour sans retour.

La Croix ne s’explique pas et ne donne pas d’autre raison que l’amour. Le choix de la croix reste étonnamment scandale et folie. La raison de la mort de Jésus sur la croix ne se laisse pas rationaliser ; elle est au-delà de notre sagesse et de notre science. (Rm 11, 33) Au-delà de la mort et de la souffrance brille un autre abîme, l’amour d’un Dieu qui se donne. En Dieu l’amour fait la loi.

Le P. de Montfort l’a compris bien compris. Et comme St Paul, il a appris dans sa propre vie que « le langage de la croix est folie » (1 Co 1, 18) . Pourtant, il n’a jamais voulu réduire au néant cette croix si paradoxale et choquante. (cf 1 Co 1, 17). Avec St Paul, il a prêché un Christ crucifié, scandale pour les uns et folie pour les autres, (cf. 1 Co 1, 23). Comme St Paul, le P. de Montfort n’a jamais voulu trouver d’autre gloire que dans la Croix du Christ (cf Ga 6,4), et sa seule gloire a été d’être crucifié avec lui.

L’expérience que le P. de Montfort a fait de la Sagesse est liée à son expérience de la Croix. Sa découverte de la Sagesse s’enracine profondément dans le mystère de Jésus-Crucifié. Il découvre au cœur des croix humaines la présence du Crucifié. Il ne peut plus séparer la Sagesse de la Croix… Dans son expérience mystique, Dieu lui donne la grâce de découvrir le mystère de la relation de la Sagesse à la croix et donc de notre relation à la Croix. Dans cette expérience, Louis-Marie puise force et courage pour lutter, car la croix est un combat.

Aussi, la spiritualité du P. de Montfort sur la croix, est profondément liée à l’expérience qu’il fait de la croix dans sa propre vie. Plusieurs expériences se tissent en lui jusqu’à faire de lui un amoureux de la Croix :

     - L’expérience de la Sagesse Incarnée et Crucifiée dans le mystère de la Croix qu’il a longuement contemplé.

     - Sa propre expérience de la croix, où il découvre la présence de la Sagesse.

     - Son expérience d’une présence auprès de ceux qui souffrent, désespèrent, sont pauvres.

Ce que Montfort dit sur la croix (et il a des textes magnifiques !) est toujours le fruit d’une expérience humaine (la croix vécue dans sa vie et dans la vie de ceux qu’il rencontre) et spirituelle (la contemplation de la Sagesse crucifiée, la prière, l’expérience mystique de l’amour de la Sagesse). Pour lui, la croix est moins un objet de contemplation et d'effusion sensible qu'un mystère à creuser et à vivre.

Aussi, il ne convient pas d’oublier le lien entre ce mystère et celui de l’Incarnation. La Croix, en effet, est inscrite dans l’Incarnation. Son amour pour nous conduit la Sagesse éternelle à choisir, non seulement de se faire homme, mais à accepter de mourir sur la croix. (ex : ASE 70, 167-168).

Comme vous le savez, nous allons approfondir ce mystère de la Croix à la lumière de la spiritualité montfortaine quand nous irons à Pontchâteau dans quelques jours. Mais disons déjà que, quand le P. de Montfort s ‘écrie « La Sagesse est la Croix et la Croix est la Sagesse » (ASE 180) et « Jamais la Sagesse sans la Croix ni la Croix sans la Sagesse » (ASE 172) ce n’est pas la Croix qui est recherchée pour elle-même, c’est la divine Sagesse qu’il désire et qu’il cherche. Il a compris que la Croix est le lieu où l’amour sans retour de la Sagesse Incarnée s’exprime au plus haut degré. Désormais les deux sont inséparables.


CONCLUSION

Nous avons vu que, selon sa structure fondamentale, la voie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort vers la sainteté comporte deux points majeurs: l'appel de Dieu non mérité et amoureux et la réponse totale à tous les niveaux de la personnalité à cette voix qui clame: «C'est toi que je cherche» ASE 66.

Dans l’ASE on voit le rapport clair entre « l’acquisition de la Sagesse » et la sainteté. Acquérir la Sagesse est accueillir sa présence dans l’âme et demeurer en elle. (Cf. ASE Chapitre VIII.: Effets merveilleux de la Sagesse éternelle dans les âmes de ceux qui la possèdent).

Montfort voit la vertu, la sainteté, comme conséquence de l’union avec Dieu et non pas le contraire. (Cf ASE 99). Cette union est une grande grâce. : « Écrions-nous donc: «Heureuse mille fois une âme dans qui la Sagesse est entrée pour y faire sa demeure. » (ASE 51)

Pour cela il faut l’écouter, car elle parle, et se mettre à son école. Marie-Louise elle-même, n’aura cessé d’exhorter ses filles dans ce sens: ex. « Écoutez sa voix et ce qu’il vous dira au fond du cœur » (L 29).

Il faut répondre à ce désir de la Sagesse pour nous :

          ASE 73 : « Désirons donc et recherchons uniquement la Divine Sagesse (…). On
          ne peut rien désirer de plus que la Sagesse. Ainsi quelques dons de Dieu,
          quelques trésors célestes que vous désiriez, si vous ne désirez pas la Sagesse,
          vous désirez quelque chose de moindre qu’elle. Ah ! Si nous connaissions ce que
          c’est que ce trésor infini de la Sagesse fait pour l’homme (…)° nous soupirerions
          jour et nuit après elle : nous volerions avec vitesse aux extrémités du monde et
          nous passerions avec joie au travers des feux et des rasoirs pour la mériter
          (…) ».

À travers le processus de toute une vie, l’intimité entre la Sagesse et nous nous fait grandir et nous transforme : nous ne sommes pas centrés sur nous-mêmes, mais toujours orientés vers la mission.

          « … Il y a un lien indissoluble entre notre consécration, la réception de la
          Sagesse et notre vocation missionnaire… Il est utile de se représenter ce
          processus comme un mouvement de spirale incessant. Étant mus de plus en
          plus par l’attouchement de la Sagesse éternelle, nous sommes poussés à une
          consécration croissante. Cette consécration croissante nous conduit, à son
          tour, à recevoir plus profondément la Sagesse éternelle, à une
          transformation croissante en Elle et à une ardeur toujours plus grande en
          Sa mission ». (Humblet, 1993, pp. 75-76)

Nous avons donc beaucoup mis l’accent sur les conséquences pratiques qui découlent de l’union avec la Sagesse, la cohérence de vie qui en est le fruit. Le numéro 10 - 2 de l’ASE nous indique bien ce degré final de joie :

          « Il n'y a rien de si doux que la connaissance de la divine Sagesse: Bienheureux
          ceux qui l'écoutent; plus heureux ceux qui la désirent et la recherchent; mais plus
          heureux ceux qui gardent ses voies, goûtent en leur cœur cette douceur infinie qui
          est la joie et la félicité du Père éternel et la gloire des anges ».

Vivre avec la Sagesse c’est pratiquer l’art de vivre de Dieu, faire sa volonté, « ce qui Lui plaît, ce qui est agréable à ses yeux » (Sag 9)…Nous comprenons aisément que celle qui a le mieux emprunté cette voie est Marie de Nazareth. Elle est le modèle de la femme sage selon Dieu. En elle s’accomplit la volonté du Père qui est pure Sagesse, en elle s’est incarné le Fils qui est pure concrétisation et pure transparence de la Sagesse…En elle agit sans entraves l’Esprit qui est le dispensateur de tous les dons qui sont des manifestations de la Sagesse de Dieu…

Puisions nous tous, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu et à son exemple, devenir sages selon la Sagesse de Dieu et nous compter parmi les bienheureux qui la cherchent, la désirent, suivent ses voies et les mettent en pratique.


BIBLIOGRAPHIE

COMITE DE COORDINATION POUR LA SPIRITUALITE DES FILLES DE LA SAGESSE (L. ALONSO, N. BOGLIOLO, N. JEAN-CHARLES, A. NIELSEN), Six Images bibliques pour présenter la Spiritualité Sagesse. St Laurent sur Sèvre 2006-2010, 6 livrets.

DE FIORES Stefano smm, (sous la direction), Dictionnaire de Spiritualité montfortaine, , Ed Novalis, Ottawa 1994. 1360 pages.

GAFFNEY Patrick smm, et allii Louis-Marie de Montfort : Théologie spirituelle. Rome, Centre International Montfortain 2002, 259 pages.

GILBERT Maurice sj, Les cinq livres des Sages, Paris, Cerf 2003, 304 pages.

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